DOCTORANTE
DÉPARTEMENT PHILOSOPHIE - DÉPARTEMENT DANSE - UNIVERSITÉ PARIS 8

A.T.E.R. AU DÉPARTEMENT DANSE


 
PHILOSOPHIE DE L'ART, PHÉNOMÉNOLOGIE, ESTHÉTIQUE
HISTOIRE DE LA MODERNITÉ CHORÉGRAPHIQUE (EUROPE ET ÉTATS-UNIS)
ANALYSE DU MOUVEMENT, DES OEUVRES CHORÉGRAPHIQUES ET DES PROCESSUS DE TRANSMISSION
PRATIQUES ANTIQUES ET MODERNES DE L'EXTASE.
Après un cursus conjoint en philosophie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'École Normale Supérieure-rue d'Ulm (Master 2 et Magistère mention très bien obtenus en 2008), Katharina Van Dyk complète sa formation universitaire à Paris 8 Vincennes - Saint-Denis avec un Master 2 en danse en 2010 consacré à une analyse historique et comparée (via l'analyse du mouvement) de plusieurs interprétations du solo Two Estatic Themes de Doris Humphrey (1931), en regard de la thèse synchrone du phénoménologue et neuropsychiatre Erwin Straus concernant les implications sensibles et spatiales de l'expérience extatique en danse. Ce travail poursuit et vient en réalité compléter une étude minutieuse des textes de la philosophie consacrés à la danse au travers de son histoire antique, moderne et contemporaine (Platon, Xénophon, Plotin, Lucien, etc. ; Louis de Cahusac, Noverre, Kant, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche ; Mallarmé, Valéry, Erwin Straus, Michel Bernard, Renaud Barbaras, etc.), abordée depuis la question de la génération du sens à même l'acte de danse, et menée dans le cadre de ses trois mémoires de fin d'étude en philosophie.

En octobre 2010, Katharina Van Dyk obtient un contrat doctoral au département de philosophie de Paris 8 pour mener une recherche entre philosophie et études en danse sous la direction de Stéphane Douailler (philosophie, LLCP) et d'Isabelle Launay (danse, LADPCC). Ses enseignements sont mutualisés entre les deux départements et sont l'occasion de développer une pédagogie adaptée aussi bien aux étudiants en philosophie et en danse. Sa recherche porte sur l'expérience de l'extase en tant qu'elle nommerait le trait d'union entre philosophie et danse, la première thématisant la seconde depuis ce concept et la seconde le prenant à son compte comme ce qui décrit son propre fond tout en le convertissant en opérateur de création pédagogique et chorégraphique. Dans cette perspective, Katharina Van Dyk se concentre plus particulièrement sur le contexte de la prime modernité chorégraphique depuis le tournant du XXe siècle aux années 1930, en Europe et aux Etats-Unis, particulièrement attachée à cette question depuis une interprétation de l'Antiquité au prisme du dionysiaque, via l'aventure d'une lecture-artiste de Platon et de Nietzsche en profonde résonnance avec les savoirs historiques et courants de pensée de l'époque : réévaluation romantique, vitalisme, symbolisme, phénoménologie et psychanalyse. Autant de regards qui tissent un réseau cohérent de réponses multiples à la question de la destinée anthropologique dans le contexte des mutations profondes de la modernité industrielle et de la société capitaliste. Cette préoccupation croise avec force celle de la première vague du féminisme qui se manifeste dans le champ chorégraphique par l'émergence de figures de danseuses auteures composant et ordonnant de part en part le rituel de leur extase en scène, sous le feu diurne des projecteurs, sans commandement tiers, maître de ballet ou directeur de théâtre.
Tout en resituant les enjeux et principales articulations des transferts de concepts à percepts, le corpus se resserre autour des œuvres d'Isadora Duncan, Mary Wigman et Doris Humphrey. A cet effet, Katharina Van Dyk mène un important travail en archive et de terrain pratique auprès de la transmission actuelle (aux Etats-Unis, en Allemagne, en France et à Londres), en développant une méthodologie qui cherche le plus possible à expliciter les poïétiques de l'extase depuis leur phénoménalité concrète : stages, cours, « entretiens dansés d'explicitation », etc. Cette prise de risque et implication du chercheur permet de produire une pensée et une écriture qui parle de l'intérieur du savoir de danse, largement oral, initiatique et se produisant en studio (en évitant l'écueil d'une posture de « surplomb » ou de « survol », dénoncée par Merleau-Ponty). Un constant aller-retour effectué par un « regard danseur » entre ces connaissances incorporées et les documents consultés permet de défendre une recherche en danse au plus près des singularités émergeantes de son objet.

Issue d'un cursus de danse modern-jazz en conservatoire à la fin des années 1990 - début des années 2000, Katharina Van Dyk fait de nombreux stages de danse moderne et contemporaine durant ses années à Paris 8 et se forme à la technique et au répertoire Isadora Duncan auprès d'Amy Swanson au studio du Regard du Cygne depuis 2013. Elle a également suivi de nombreux cours et stages avec d'autres duncaniennes : Barbara Kane, Françoise Rageau, Jeanne Bresciani, Lori Belilove, Catherine Gallant, Adrienne Ramm, Andrea Mantell Seidel, Mary Sano. En 2015, avec Johana Giot et Audrey Margueritat, elle présente un travail de reconstruction de la Danse des Furies (1911) d'Isadora Duncan au Festival des Dionysies à la Sorbonne. Elle est également responsable de la reconstruction d'une Bacchanale d'Isadora Duncan (Iphigénie en Aulide, Gluck, vers 1909) pour les élèves de troisième cycle du Conservatoire intercommunal de Rambouillet. Concernant la transmission wigmanienne, elle prend des cours et mène des entretiens avec Katharine Sehnert à Cologne et Jean Masse à Bordeaux. Les ateliers d'improvisation-composition auprès de Christine Gérard nourrissent également sa compréhension de cet héritage dans le cadre de la danse contemporaine française. A New York, elle assiste à un stage Humphrey-Limon avec Betty Jones et Fritz Ludin, prend des cours avec Gail Corbin et affine ses connaissances auprès de Francesca Todesco. Tout en prenant acte les transformations de ces pratiques au cours du temps, cette immersion permet d'en proposer une lecture poïétique, et ainsi de sonder, ce qui en elles, en-deçà des seuls discours et imaginaires, fait extase. Par effet de retour, ce déplacement intempestif interroge les racines de la danse contemporaine dans leur familiarité comme leur profonde étrangeté eu égard au présent.

Katharina Van Dyk écrit de nombreux articles et présente son travail dans des cadres scientifiques et artistiques variés.
En 2013, elle co-organise avec Pauline Nadrigny, Olga Moll et Christine Roquet le colloque international et transdisciplinaire « Gestes et mouvements à l'œuvre. Une question danse-musique. XXe-XXIe siècle » (Paris 8, Paris 1, Labex Arts H2H) dont les actes sont publiés dans Filigrane (n°21, décembre 2016).
Elle participe à la vie scientifique de ses laboratoires de rattachement en organisant notamment des journées d'étude et de travail collectif au département philosophie (« Philosophie Art Politique », avec Ninon Grangé, Bertrand Ogilvie et Mazarine Pingeot - 2014-2015) et dans le cadre des séminaires doctoraux et de recherche du département danse (autour des thèmes « danse et philosophie » et des « modernités en danse » - 2013-2015). En 2015-2016, elle obtient un financement couplé de son université et du Centre National de la Danse (pôle patrimoine) pour inventorier la bibliothèque et une partie des archives du philosophe Michel Bernard, fondateur du département danse de Paris 8, projet qui aboutira à l'organisation d'une table-ronde au CND autour de l'apport du philosophe pour la pensée de la danse. En 2016-2017, elle co-organiser avec Romain Bigé une journée d'étude « Espaces dynamiques. Problématiques croisées entre danse et phénoménologie » sur le thème de « L'accueil » à l'École Normale Supérieure (Paris).
Après trois années d'enseignement au département danse dans le cadre de son contrat doctoral, Katharina Van Dyk continue son activité en tant que chargée de cours puis d'ATER. En 2013-2014, elle donne également des séminaires intensifs sur le « corps percevant » dans le cadre de la formation nationale d'Analyse Fonctionnelle du Corps dans le Mouvement Dansé (CESMD de Poitou-Charentes). Elle codirige des mémoires de Master 1 et Master 2 en danse à Paris 8 et de fin d'étude en AFCMD, orientés en esthétique. Son expertise est sollicitée pour la revue Recherches en danse de l'ACD et dans le cadre de la formation continue des enseignants de philosophie à l'Académie de Lille.
Grâce au soutien financier et symbolique de ses laboratoires, Katharina Van Dyk mène un important travail de recherche en archive en lien avec son sujet, qui la conduit à séjourner dans différents lieux dédiés à la danse : à la Public Library for the Performing Arts (Lincoln Center) à New York (2011 et 2014), au Tanzarchiv de Cologne (2014 et 2016), à l'Albert & Victoria Museum de Londres (2014) et dans diverses collections privées, non archivées, comme à l'École Elizabeth Duncan à Munich (2015) et chez des danseuses et/ou collectionneurs.
En complément de ces activités, Katharina Van Dyk s'investit dans la vie artistique au plan local et national. Elle propose des conférences avec des artistes (comme avec Tatiana Julien au Théâtre de la Faïencerie - Scène Nationale de Creil en 2014, avec en amont un travail de sensibilisation auprès des élèves de l'option bac danse du lycée Malraux) et depuis peu des conférences-dansées à destination du grand public (« Propos sur la modernité chorégraphique », Médiathèque de Sainte-Mère-Eglise & Vox, Scène Nationale de Cherbourg, 2018). Ces activités viennent prolonger son engagement auprès de la recherche artistique chorégraphique déjà amorcé quand elle fut présidente d'Anacrouse (2010-2012), association s'occupant de la gestion des archives du département danse (mémoires, thèses, etc.), de la diffusion de la revue Funambule publiée par l'association (pour laquelle elle fut rédactrice) et de l'organisation de nombreux partenariats entre les étudiants et les théâtres d'Ile-de-France (stages, rencontres, spectacles, etc.).

Les déplacements théorico-pratiques produits par l'ensemble de ce travail - y compris une connaissance approfondie du champ actuel des études en danse, de sa littérature comme de ses enjeux et méthodes - la conduisent aujourd'hui à achever sa thèse en danse sous la direction d'Isabelle Launay (EDESTA, Paris 8), en codirection avec Renaud Barbaras (EDPH, Paris 1).

Dernière mise à jour: avril 2018