Présentation du « Groupe de Recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France »

Porteurs du projet :Sylviane Pagès, Mélanie Papin et Guillaume Sintès.
Date : depuis 2011.

Le « Groupe de Recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France » émane d'un désir de mettre en commun les objets de recherche, les analyses et les débats, les questionnements et les documents de plusieurs chercheurs issus du Laboratoire d'analyse des discours et pratiques en danse.

A l'initiative de Sylviane Pagès, MĂ©lanie Papin et Guillaume Sintès, ce groupe tente, depuis 2011, de participer au grand chantier de l'histoire contemporaine de la danse en France, encore en friche. Cet intĂ©rĂŞt, manifeste chez de plus en plus de jeunes chercheurs, semble rĂ©pondre par ailleurs Ă  une actualitĂ© du champ chorĂ©graphique : les danseurs se prĂ©occupent en effet davantage de l'inscription de leurs pratiques dans l'histoire, quand les institutions chorĂ©graphiques mettent en œuvre des actions de valorisation de leurs archives.

Si un chantier commun se dessine, il s'articule autour de perspectives multiples, complémentaires les unes par rapport aux autres. Ainsi, se croisent histoire culturelle et histoire juridique, pratique du studio et corporéité dansante, histoire sociale et esthétique...

Dans cette dynamique de travail et d'échanges, plusieurs projets collectifs ont été réalisés ou sont en cours d'élaboration :
- l'établissement d'un outil chronologique des évènements de l'histoire de la danse en France entre les années 1950 et 1990 ;
- une journée de reflexion "Danser en Mai 68" qui a réuni le 24 octobre 2012 à Micadanses témoins et chercheurs : Dominique Dupuy, Odile Azagury, Claire Delaroche, Catherine Atlani, Isabelle Launay, Mélanie Papin.
- une journée d'études le 13 avril 2013 en partenariat avec le Département danse et le Département des arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France sur la relecture du champ chorégraphique en France dans les années 1970 à partir de l'expérience des danseurs ( voir pièce jointe)
- Une journée d'études le 6 décembre 2013 au Théâtre de la Cité Internationale autour des circulations chorégraphiques en France.
- Une journée d'études le 23 mai 2014 qui clôt le cycle de relecture des années 1970 à travers les processus de reconnaissance de la danse, d'institutionnalisation, syndicalisme et critique.
- Labex « Karin Waehner, une artiste migrante. Archive, patrimoine et histoire transculturelle de la danse » (Isabelle Launay, Sylviane Pagès, Mélanie Papin, Guillaume Sintès avec le Département des Arts du spectacle de la Bnf)
Journée de reflexion "Danser en mai 68"
DANSER EN MAI 68
Journée de réflexion
A Micadanses
Le 24 octobre 2012
De 14 - 18h

Organisée par Micadanses et le Groupe de recherche en histoire contemporaine du champ chorégraphique en France (Université Paris VIII - Département Danse - Laboratoire des pratiques et des discours du champ chorégraphique)



PRÉSENTATION

Depuis la fin des évènements de mai 68, les débats critiques autant que les remémorations nostalgiques n'ont cessé de se succéder ces quarante dernières années. Et pour cause : Mai 68 constitue l'un des évènements majeurs de l'histoire politique, sociale et culturelle française de la seconde moitié du XXème siècle. En nombre également se sont succédées les études en arts sur les « effets » de mai 68. Le théâtre bénéficie notamment d'une abondante littérature. Et pour cause, les évènements ont profondément marqué le milieu.

En danse, le bouleversement semble moins visible mais il n'est pas pour autant anecdotique : l'Opéra se met en grève, le Festival de danse des Baux annule sa programmation, le conservatoire s'ouvre brièvement à tout style de danse, divers comités d'action de la danse organisent des Etats généraux qui eurent lieu à la Sorbonne, à l'Odéon ou encore à l'Institut d'Art et d'Archéologie et d'où ressortent des projets visant à structurer l'enseignement, le statut du chorégraphe...

Pourtant, bien rares sont les articulations entre l'Ă©volution du champ chorĂ©graphique vers la danse contemporaine et les dĂ©sirs portĂ©s par plusieurs gĂ©nĂ©rations de danseurs au moment de Mai 68. Le « bougĂ© » significatif entre la danse des annĂ©es 1960 oĂą la modernitĂ© semblait Ă  elle seule incarnĂ©e par Maurice BĂ©jart et la prolifĂ©ration des projets chorĂ©graphiques et des pratiques de corps qui se sont dĂ©veloppĂ©s dans les annĂ©es 1970 indique bien une mise en œuvre de cette Ă©volution.

Qu'est-ce qui s'est alors exprimé pour la danse ? Que ressort-il de ces moments de débats ? Comment se présentait le champ chorégraphique ? Et quelles options a-t-il pris ? Autrement dit, que « fait » mai 68 à la danse ?

Afin d'activer le dĂ©bat, chercheurs et tĂ©moins tenteront de dialoguer pour chercher Ă  comprendre les forces et les logiques Ă  l'œuvre en 1968.

EN PRÉSENCE DE :

Dominique Dupuy, danseur, chorégraphe, pédagogue et écrivain. Co-fondateur avec Françoise Dupuy des Ballets Modernes de Paris (1955) et des Rencontres Internationales de Danse Contemporaine (1969), initiateur du PROJET - collectif d'artistes, de chercheurs et de responsables de structures autour d'une réflexion sur la danse française de la 2nde partie du XXème siècle

Catherine Atlani, chorégraphe. Fondatrice des Ballets de la Cité (1970) puis du Café de la Danse

Serge Keuten, danseur à l'Opéra de Paris et chorégraphe au sein de l'Association des jeunes artistes chorégraphique (AJAC). Fondateur des Ateliers chorégraphiques - Serge Keuten au Carré Silvia Monfort

Odile Azagury, danseuse et chorégraphe, membre du Groupe de Recherche Théâtrale de l'Opéra de Paris (1974) puis du Four Solaire (1976)

Claire Delaroche, secrétaire générale des Ballets Modernes de Paris en 1968, participante et organisatrice active des assemblées de danseurs en mai 68

Christophe Martin, directeur de Micadanses

Groupe de recherche en histoire contemporaine du champ chorégraphique en France :
Isabelle Launay, professeur au département danse de l'Université Paris VIII
Mélanie Papin, doctorante au département danse de l'Université Paris VIII
Guillaume Sintès, doctorant au département danse de l'Université Paris VIII
Sylviane Pagès, maître de conférence au département danse de l'Université Paris VIII

Journée d'études "Relire les années 1970 : Les corporéités dansantes en France à partir de l'expérience des danseurs"

Journées d'études
Relire les années 1970 :
Les corporéités dansantes en France
à partir de l'expérience des danseurs

Samedi 13 avril
9h15 - 16h30
BnF - Site Richelieu
Salle des commissions

Après une première journée de réflexion consacrée à la danse en mai 68 (Micadanses, octobre 2012), notre relecture des années 1970 se poursuit en invitant des danseurs et chorégraphes à partager les pratiques qui oeuvraient dans les studios à cette époque.
Il s'agira d'interroger et d'affiner notre regard sur la pluralité des corporéités dansantes, issues de la danse moderne, abstraite ou afro-américaine et qui se sont déployées aussi bien dans les institutions (GRTOP...) que dans le tissu associatif émergeant (Danse Théâtre Expérience, Free Dance Song...)
Partir des savoir-faire des danseurs impliquera la présentation de séquences dansées, qui seront mises en dialogue avec les chercheurs.

Intervenants : Christine Gérard, Marie-Odile Langlère, Isabelle Launay, Caroline Marcadé, Mélanie Papin, Christine Roquet, Christiane de Rougemont...

Journée d'études organisée par le « Groupe de Recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France » avec le soutien du Laboratoire « Analyse des discours et des pratiques en danse » (EA 1572 Esthétique, musicologie, danse et créations musicales, Université Paris VIII) et en partenariat avec le Département des Arts du Spectacle de la Bibliothèque nationale de France.


BNF : 5, rue Vivienne, 75002 Paris - MĂ©tro Bourse
Journée d'études "Relire les années 1970 : les circulations chorégraphiques en France"
Vendredi 6 décembre 2013
11h - 18h
Théâtre de la Cité Internationale
La Resserre
Entrée libre


Après une journée sur la danse en mai 68 (Micadanses, octobre 2012), et une consacrée aux grands studios (BnF, avril 2013), le cycle « Relire les années 1970 » se poursuit sous l'angle des circulations chorégraphiques internationales.
Cette décennie d'intenses mutations du champ chorégraphique contemporain connaît de nombreux échanges, tournés principalement vers les États-Unis, mais aussi l'Afrique, l'Inde ou le Japon. Plusieurs études de cas - l'arrivée du contact-improvisation, les directions américaines au Cndc, William Forsythe, Matt Mattox, Elsa Wolliaston...-, permettront d'analyser les désirs d'ailleurs qui traversent le champ de la danse : Quels nouveaux gestes ont été accueillis ? De quelles Amériques le champ de la danse s'est-il emparé ? Quelles ont été les fonctions de l'autre : exotisme, bouleversement perceptif, recherche de modèle, quête identitaire ? De nouveaux chantiers de recherche et des témoignages tenteront de décentrer l'histoire de la danse, en l'approchant par ses moments de rencontre avec l'autre.


Intervenants : Lucile Goupillon, Aline Laignel, Gérard Mayen, Sylviane Pagès, interview filmée d'Elsa Wolliaston, intervention dansée de Didier Silhol.


Journée d'études organisée par le « Groupe de Recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France » avec le soutien du Laboratoire « Analyse des discours et des pratiques en danse » (EA 1572 Esthétique, musicologie, danse et créations musicales, Université Paris VIII) et en partenariat avec le Théâtre de la Cité Internationale.


Théâtre de la Cité Internationale / La Resserre
17, bd Jourdan - 75014 Paris RER B arrêt Cité-Universitaire (zone 1 et 2)
-T3 - VĂ©lib' - bus 21, 67, 88
Journée d'études "Relire les années 1970 : les forces militantes - Institutionnalisation, syndicalisme et critique en danse"
Vendredi 23 mai 2014, Centre national de la danse

Cette journée organisée avec le soutien de l'Université Paris 8 et en partenariat avec le Centre national de la danse, vient clore le cycle « Relire les années 1970 en danse » engagé à l'automne 2012. Après avoir ouvert la question de « Danser en Mai 68 » (Micadanses, octobre 2012), exploré les studios de danse à partir de l'expérience des danseurs (BnF, avril 2013) et dessiné les circulations chorégraphiques (Théâtre de la Cité Internationale, décembre 2013), le « Groupe de recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France » propose d'interroger les forces militantes de la décennie 1970. Syndicalisme, critique journalistique, structuration des circuits de diffusion, mais aussi associations et fédérations, toutes ces initiatives participeront à la proposition et à l'ébauche d'une organisation de la danse en France dont se saisiront l'institution et le pouvoir politique.
Intervenants : entretien filmé de Mireille Delsout-Drancourt, Marianne Filloux-Vigreux, Patrick Germain-Thomas, Guillaume Sintès, Ninon Prouteau-Steinhausser

Journée d'études organisée par le « Groupe de Recherche : Histoire Contemporaine du Champ Chorégraphique en France » avec le soutien du Laboratoire « Analyse des discours et des pratiques en danse » (EA 1572 Esthétique, musicologie, danse et créations musicales, Université Paris 8) et en partenariat avec le Centre national de la danse (programme Aide à la recherche et au patrimoine en danse 2013).
Centre national de la danse / salle de projection 1, rue Victor Hugo - 93500 PantinMĂ©tro ligne 5 ; station HocheRER E : station Pantin
Parution "Danser en Mai 68"
" Danser en Mai 68 :
Premiers éléments"

Ouvrage sous la direction de Sylviane Pagès, Mélanie Papin et Guillaume Sintès
Édité par Micadanses, en collaboration avec
le Laboratoire « Esthétique, musicologie, danse et création musicale » de l'université Paris 8


Cette publication émane de la journée de réflexion organisée en octobre 2012 à Micadanses qui a réuni les témoignages de Catherine Atlani, Odile Azagury, Claire Delaroche et Dominique Dupuy, autour de leur expérience des événements de Mai 68.

Retranscrits dans le présent ouvrage, ils sont enrichis d'entretiens avec Serge Keuten et Jean Guizerix, de contributions de chercheurs en danse et de reproductions d'archives.

Il s'agit en effet d'ouvrir un chantier historique sur le champ de la danse en 1968 jusqu'alors peu étudié et témoigne du développement récent des recherches sur l'histoire de la danse en France.

Soirée de lancement mardi 4 novembre 2014, à partir de 19h30, à Micadanses :
20, rue Goeffroy L'Asnier, 75004 Paris


SOMMAIRE

Avant-propos par Christophe Martin
Introduction par Sylviane Pagès, Mélanie Papin et Guillaume Sintès
État des lieux Les lignes de force de l'avant-Mai par Mélanie Papin

TĂ©moignages
Les raisons d'un engagement par Claire Delaroche
Notre 68 par Dominique Dupuy
Enfin nous pouvions parler... par Catherine Atlani
Une révolution de l'intérieur par Odile Azagury

Entretiens
Il y avait l'envie de défendre un lieu que l'on aimait
Entretien avec Jean Guizerix par Marion Éven
Mai 68 a été une folie
Entretien avec Serge Keuten par Mélanie Papin et Guillaume Sintès

Étude de cas
Sur les traces du Jerk de la Messe pour le temps présent de Maurice Béjart. Une figure de la danse en 1968 ? par Claudia Palazzolo

Point de vue
L'ambivalente revendication d'exister, Mai 68 et « la Danse » (premiers éléments) par Isabelle Launay, Sylviane Pagès, Mélanie Papin et Guillaume Sintès

Archives
Comment Mai 1968 vint aux Saisons par Philippe Verrièle
Tracts du CAD
Repères chronologiques

Conclusion par Christophe Martin
Danser en 68. Perspectives internationales, ouvrage à paraître à l'automne 2018
Sous la direction d'Isabelle Launay, Sylviane Pagès, Mélanie Papin et Guillaume Sintès.

Présentation :

Les acteurs, les œuvres et les pratiques en danse n'ont pas Ă©tĂ© Ă©trangers aux « annĂ©es 68 ». Aucun ouvrage, dans la large bibliographie consacrĂ©e Ă  ce moment politique et culturel intense Ă  l'Ă©chelle internationale ne s'est intĂ©ressĂ© aux champs chorĂ©graphiques.

Ils s'y révèlent pourtant complexes, audacieux, inventifs, militants, parfois radicaux, explosifs, mais aussi contradictoires et souterrains.

À travers une série d'études menées par des chercheurs de nombreux pays, cet ouvrage développe une perspective internationale. En faisant varier les échelles, il rend compte des spécificités locales, nationales autant que des circulations des références, des répertoires dansés autant que des répertoires d'actions, des représentations, des préoccupations et des contestations.
En mettant en regard différents contextes nationaux (Japon, Etats-Unis, Allemagne, Brésil, Argentine, Algérie, France, Italie, Cuba, URSS), apparaissent des niveaux d'adhérence plus ou moins forte au moment 68 révélant la concordance, la disjonction ou la persistance des temps politiques, sociaux, culturels et esthétiques.

L'ouvrage interroge quatre dimensions dans ces années 68 : les mémoires des guerres et la (dé)construction des corps ; les stratégies de résistance chorégraphiques et les modes d'émancipation des danseurs ; les contre culturelles gestuelles et les militances diffuses ; les pouvoirs institutionnels des compagnies nationales et les contre-pouvoirs des collectifs comme des sujets.

Cet ouvrage croise esthétique, histoire culturelle, histoire sociale, anthropologie, et diverses pratiques en danse (« classique », « moderne », « jazz », « butô », « contemporain », « traditionnelles »).

Autant de modes d'entrée qui traitent des contextes différents : danser après-guerre, danser sous les dictatures, danser pendant la Guerre froide, danser en mai-juin 68, danser pour les Indépendances, danser en écho des luttes (pacifiste, anti-impérialiste, anti-colonialiste, anti-raciste, féministe, homosexuelle, écologiste.
Karin Waehner, une artiste migrante. Archive, patrimoine et histoire transculturelle de la danse, septembre 2015 - décembre 2017

- Projet lauréat du programme de recherche du Labex Arts-H2h en 2015, 2016 et 2017 pour le traitement, la description et l'analyse des archives des fonds de la chorégraphe Karin Waehner à la Bibliothèque nationale de France (département des arts du spectacle).

-Partenariat avec la BnF, l'Akademie der KĂĽnste (Berlin), le Centre national de la danse, la Maison de la danse de Lyon.

-L'organisation d'un colloque international à la Bibliothèque nationale de France et d'une soirée recherche au Centre national de la danse (Pantin) 15 et 16 décembre 2017 : Karin Waehner, une artiste migrante. Exposer/Performer l'archive.

Présentation de la soirée recherche :Partir de la figure de Karin Waehner pour une histoire collective et transnationale de la danse en France.

- Depuis l'automne 2015, le Groupe de recherche : Histoire contemporaine du champ chorĂ©graphique en France (Musidanse, universitĂ© Paris 8), soutenu par le Labex Arts-H2H, consacre ses activitĂ©s Ă  un projet collectif autour de la chorĂ©graphe, danseuse et pĂ©dagogue Karin Waehner. Ce projet « Karin Waehner, une artiste migrante : Archive, patrimoine et histoire transculturelle de la danse » consiste Ă  analyser le fonds d'archives Karin Waehner dĂ©posĂ© Ă  la BnF, afin d'Ă©tudier le parcours et l'œuvre de l'une des artistes les plus engagĂ©es dans l'Ă©mergence de la danse contemporaine en France, sous le signe des circulations et des migrations chorĂ©graphiques.

- Née en Haute-Silésie (ancienne province de Prusse) en 1926, Karin Waehner devient, après-guerre, l'élève de Mary Wigman à Leipzig, puis part danser en Argentine avant de s'installer en France en 1953. Elle poursuit des études de mime auprès d'Étienne Decroux. À Paris, elle rencontre également un petit groupe de danseurs et chorégraphes modernes qui commence à se constituer : Françoise et Dominique Dupuy, Jerome Andrews, Jacqueline Robinson. Avec ces deux derniers, elle forme les Compagnons de la danse. Puis elle fonde sa propre compagnie, Les Ballets contemporains Karin Waehner, en 1959. L'année suivante, elle est nommée professeur et dirige l'organisation des cours de danse à la Schola Cantorum, poste qu'elle occupe jusqu'à son décès survenu en 1999. Elle enseigne également à l'École normale supérieure d'éducation physique (ENSEP), à l'occasion de nombreux stages de fédérations sportives et d'associations de danse, dans des centres de formations professionnels (CEFEDEM et IFEDEM), des conservatoires (La Rochelle et Bagnolet), comme dans des universités (Turin, Montpellier 3 et Paris 8), en France mais aussi un peu partout en Europe (Italie, Suisse, Allemagne, Europe centrale). Karin Waehner est également une chorégraphe prolifique, auteure de plus d'une cinquantaine de pièces.

- Le parcours de Karin Waehner croise ainsi l'histoire de l'émergence de la danse moderne en France, l'histoire de la pédagogie et de la formation du danseur, ou encore l'histoire des circulations de gestes entre l'Allemagne, les États-Unis et la France. Comment ce fonds d'archives permet de retracer la pensée esthétique et pédagogique de Karin Waehner, qui semble nourrir de manière plus ou moins visible, plus ou moins identifiée ou référencée les pratiques chorégraphiques et pédagogiques contemporaines aujourd'hui ?

- Agencer les documents, cheminer parmi les archives. En consacrant la première phase de notre programme de recherche à une mission de traitement, de description et d'analyse des archives du fonds Karin Waehner, nous nous sommes placés dans un entre-deux, entre l'archiviste et l'historien. Cette posture est venue rendre poreuses deux fonctions habituellement distinctes. Cette soirée-recherche donne en partage les questionnements qui traversent notre recherche autant que cette immersion dans l'archive, rendant visibles nos gestes et nos regards face aux documents : classer, répertorier, mettre en série ou choisir, isoler, faire un focus.
- D'emblée, s'affirme la diversité des sources auxquelles nous avons eu accès : émissions de radio ; interviews filmées, enregistrées ou retranscrites ; captations filmées de performance en plein air, de représentation, de stage ; photographies de scène ou de répétition ; cahiers de travail de Karin Waehner... Ces documents sont exposés avec l'altération du temps et, parfois, en dépit de la mauvaise qualité des enregistrements ou des captations. Mettre en partage ces archives, c'est se demander ce qu'elles ouvrent comme questionnements, comme pistes théoriques, historiographiques, heuristiques, comme potentiels de gestes aussi.

- Si le point de départ de notre recherche est bien l'archive, dans un rapport plutôt distancié dans un premier temps à Karin Waehner, elle nous a inévitablement plongés dans l'intime de la pensée de la chorégraphe que traduisent les cahiers, les notes, les correspondances, le rythme particulier de son phrasé. Les enregistrements restituent l'évolution du grain de la voix. Ce moment d'exposition de la recherche ouvre aussi une nouvelle phase dans la recherche collective : permettant un temps de dialogue et de partage avec les témoins, les compagnons de route ou les élèves de Karin Waehner.

- Exposer / performer l'archive. Nous avons pris le parti d'exposer l'archive, sans la commenter mais en l'agençant aux grands thèmes qui ont forgĂ© le parcours et la carrière de Karin Waehner. Cet agencement de documents permet de tracer des lignes de force, de poser des questions, sans pour autant tout dire, loin s'en faut, de l'entièretĂ© du parcours de Karin Waehner, de ses collaborations, ou encore de toutes ses œuvres. Les documents ne rĂ©vèlent pas tout de la relation fondatrice qui la lie Ă  Mary Wigman, ni de l'histoire discontinue de l'empreinte wigmanienne dans son travail. Ils n'expliquent pas complètement les raisons de son besoin d'aller chercher aux États-Unis, du cĂ´tĂ© de la modern dance, et en particulier de Martha Graham et Louis Horst, une « technique » Ă  transmettre.

- Difficile aussi, à travers quelques films, de montrer les évolutions de son enseignement de la danse, tout comme l'élaboration de sa pensée d'une « pédagogie évolutive ». Seuls quelques focus sur des moments, des cours techniques ou des ateliers de composition et d'improvisation, laissent entrevoir à quel point elle a investi ce champ de la pédagogie.

- Impossible non plus de rendre compte de la cinquantaine d'œuvres crĂ©Ă©es par la chorĂ©graphe. Les documents choisis nous permettent nĂ©anmoins d'apprĂ©hender son travail de crĂ©ation, sous l'angle du rapport Ă  l'objet et au costume, des spatialitĂ©s construites par les scĂ©nographies ou la composition pour un grand nombre de danseurs. Enfin, il convenait aussi de pouvoir plonger dans les œuvres chorĂ©graphiques, Ă  travers quelques extraits, filmĂ©s comme le solo de Michèle Mengual dans Les Marches, ou dansĂ©s et recrĂ©Ă©es pour cette soirĂ©e.

- L'archive est alors également « performée » dans le sens où les recréations de trois pièces emblématiques, de notre point de vue, sont le résultat d'un travail mené par des artistes chorégraphiques à partir de notations, d'archives vidéos, de textes et des différents échanges avec les chercheurs.

- Étude des œuvres. Il s'est d'abord agi, dans l'optique de l'analyse des processus de crĂ©ation chorĂ©graphique et des principes pĂ©dagogiques dĂ©veloppĂ©s par Karin Waehner, de procĂ©der Ă  une Ă©tude de cas laquelle a abouti au remontage d'un solo L'Oiseau-qui-n'existe-pas. D'autres documents audiovisuels dont le film Passeurs de danse qui met en scène la transmission du solo de Karin Waehner Ă  Christine Brunel, contribuent Ă  dessiner non pas une gĂ©nĂ©tique (en amont) mais une gĂ©nĂ©alogie (en aval) de l'œuvre, son Ă©volution, sa transformation par sĂ©dimentation des interprĂ©tations successives. Notation, captation ou film documentaire - dont l'objet initial est d'apporter un regard spĂ©cifique sur l'œuvre - rĂ©unis Ă  l'occasion d'une mĂŞme recherche, ne disent plus la cristallisation du « geste dansĂ© dans une unique version » ; mais revĂŞtent - outre leur fonction de support Ă  l'Ă©tude de l'œuvre - le statut d'archive. Bien que ne faisant pas directement partie du fonds Waehner Ă  proprement parler, ils ne peuvent pour autant plus ĂŞtre considĂ©rĂ©s comme lui Ă©tant exogènes. Cette documentation est bien entendu complĂ©tĂ©e et enrichie par des archives sur l'œuvre elle-mĂŞme (photographies, carnets de notes, indications techniques, etc.) issus du fonds conservĂ© Ă  la BnF, mais aussi des documents qui permettent de recontextualiser le solo Ă  sa crĂ©ation et dans ses reprises ultĂ©rieures. Aussi, plus que de recrĂ©ation, nous parlons Ă  dessein d'Ă©tude chorĂ©graphique dans cette dĂ©marche. Celle-ci faisant d'abord partie d'un processus de travail sur l'archive et n'en constitue pas l'objectif ou la finalitĂ©. Raison pour laquelle nous avons associĂ© Ă  cette recherche deux danseuses, AurĂ©lie Berland et Émilie Georges, dont l'approche est aussi (et avant tout) celle de notatrices.

- Un même processus de travail s'est mis en place sur un extrait de Sehnsucht avec le travail du notateur et danseur, Olivier Bioret. Cette recherche collective sur Karin Waehner s'est déployée alors selon différents points de vue, réunissant artistes et chercheurs.

- Elle vient enfin entrer en résonance avec un autre projet, témoignant de l'actualité de la recherche sur Karin Waehner en Allemagne, « Karin Waehner (1926-1999) - Eigensinnig in Zwischenräumen - Ein Tanzfonds Erbe Projekt ». L'invitation de Bruno Genty à danser avec Annette Lopez la pièce Celui sans nom s'inscrit dans ce dialogue entre des équipes allemandes, autrichiennes et françaises.


- Le Trio de Brecht (extrait de Sehnsucht, 1981). Remonter une danse taillée sur mesure pour la personnalité des interprètes originaux tendait deux pièges : celui de l'imitation et celui de l'assèchement. Nous avons donc joué le jeu de remonter de la trace du mouvement vers l'intention, à rebours des processus de création initiaux, en tentant, au cas par cas, de trouver les réponses les plus pertinentes aux questions soulevées par ces traces. Travail souvent intuitif, presque artisanal, il s'agissait de trouver parmi les nombreuses informations d'une très riche partition, celles qui résonnaient pour le reconstructeur et les danseuses, qui cristallisent l'interprétation du mouvement.

- Celui sans nom (1990)
- Solo de Karin Waehner créé pour Bruno Genty en 1990.
- Retour de Karin Waehner dans une Allemagne dĂ©chirĂ©e, sĂ©parĂ©e par le Mur. Ă€ la veille de la RĂ©volution d'octobre, Karin Waehner et Bruno Genty sont assis, ce soir du 6 octobre 1986, sur un banc de l'Alexanderplatz Ă  Berlin. Ils attendent le signal Ă©mis depuis les fenĂŞtres d'une maison de l'autre cĂ´tĂ© du mur : une lumière qui s'allume puis s'Ă©teint. Puis, ils attendent celui qui les fera traverser le mur. Cette recrĂ©ation interroge autant la question de la rĂ©appropriation d'une œuvre par son interprète d'origine, plus de 25 ans après sa crĂ©ation, que celle d'un pays pour sa propre histoire. Comment retrouver dans son corps les souvenirs de mouvements passĂ©s ? Et comment les transmettre ? Ce solo acte bien Ă©videmment le retour de Karin Waehner Ă  ses origines gĂ©ographiques et Ă  l'expressionnisme allemand initiĂ© quelques annĂ©es plus tĂ´t Ă  l'occasion de l'exposition « Paris-Berlin » au Centre Pompidou en 1978.

-Comme un écho à L'Oiseau-qui-n'existe-pas, ce dernier solo de Karin Waehner sera dansé en miroir : face à face, Bruno Genty, interprète original, et Annette Lopez performeront ce solo créé entre l'Ouest et l'Est.

- L'Oiseau-qui-n'existe-pas (1963)

- 6 minutes de danse, mais tant de questions. Cette reconstruction représente un travail collectif, commencé par Aurélie Berland il y a un an, avec Émilie Georges qui lui a transmis le solo d'après la partition Benesh réalisée par Véronique Gemin-Bataille. Barbara Falco - dernière interprète du solo - et Jean Masse - gardien bienveillant du répertoire de Karin Waehner - ont accepté de poursuivre la recherche sous le regard d'Andréa Samain, notatrice Laban qui témoignera de ce travail par une nouvelle partition.

-Le paysage du solo s'est aussi constitué de détours : la lecture des exercices et des études de technique Wigman enseignés par Gundel Eplinius, notés en Laban par Anja Hirvikallio et la consultation du fonds Waehner à la BnF.

-D'une partition Benesh à une partition Laban, d'une génération à une autre, d'un texte à un corps, d'un corps à un autre corps et d'un corps à un texte, ce travail d'enquête en vases communicants est sans fin, tiraillé tout comme le suggère le thème du solo inspiré par la musique de Paul Arma, à propos duquel Karin Waehner dit :

-« Il y avait ce son qui avait une résistance... notion extrêmement importante dans tout mon travail. Ce n'est pas seulement de la résistance, c'est aussi de créer des contraintes. Elle a donné conscience à mon thème de fond... un thème très expressionniste : l'herbe ailleurs est meilleure, c'est-à-dire de ne jamais être sur place mais toujours désirer autre chose qu'on a... c'est un fond qui va très loin au point de vue être humain mais aussi au point de vue technique, corporel, c'est-à-dire l'instabilité, toujours le transfert, ce que j'appelle toujours le voyage. »